Publié le 24 Novembre 2014
LES ENFANTS DE LA LICORNE
Roman de MAIA ALONSO
Edition ATLANTIS
Ce livre est superbement imprimé, des astérisques nous dirigent vers le bas de certaines pages afin d'éclairer le lecteur sur certaines expressions régionales entre autres, exemple : les soubergues , qui sont des collines en terrasses plantées de vignes. J'ai trouvé intéressant au début du livre le rappel du nom de chacun des personnages.
La couverture représente un très beau tableau réalisé par La Princesse Yadana Nat Mai June Bellamy dont Maïa Alonso honore la mémoire.
L'Auteure nous dépeint ici une incroyable et belle histoire,
l'arrivée des "maudites" qui sont entrées en possession de la Quitterie qui fut la propriété de la Dynastie des Beltramet, une histoire poignante. Ce domaine, La Quitterie a été mis en vente aux enchères ce qui va déchaîner les passions de personnages extra-ordinaires et pour certains terriblement attachants, ils sont les héritiers d'un amour inconditionnel et respectueux de l'Histoire de leur famille, de leur bien, de leur terre, de leur vigne et de leur colline si belle, de ces ancêtres auxquels ils sont voués corps et âmes. Nous sommes dans les Cévennes en 1970.
" La douleur s'est bien installée, conquérante aux innombrables alliés, comme un brasier, voici qu'elle lui entame l'âme. Sainte Quitterie, ne peux-tu nous venir en aide ? " Page 224
P.128 ... Ludovic : La première Quitterie a toujours appartenu à la famille. Je crois qu'elle date du XIIè siècle... à l'époque c'était un château fort. Il faisait partie de la dot de la première Ysabelle Beltramet. C'est un prénom qui se transmet dans la famille de génération en génération depuis... le château servit de refuge au temps des croisades contre les hérétiques ... et les Cathares... le château fut brûlé par les croisés de Simont de Montfort ... et la famille a pu s'enfuir... par les souterrains !!!
J'ai été particulièrement touchée par la magie des mots de l'Auteure. Certains petits bouts de vie exprimés avec tendresse m'ont impressionnés par leur simplicité et leur justesse. Ces décors magnifiquement détaillés avec chaleur. Hormis l'histoire elle-même fabuleuse dont l'issue est étonnante et laissera stupéfaits beaucoup de lecteurs et cela sans aucun doute, je retiendrai que les chimères, que les licornes font définitivement partie de mes fantasmes si elles ne l'étaient déjà !!!
Cette région, ce pays de Gascogne, est forcément une des plus jolies de France, Maïa Alonso doit aimer très fort cette terre pour en parler et l'écrire si joliment. Elle arrive même à nous faire sentir et apprécier les parfums de cette fameuse colline.
Page 38 : Sébastiane rabat le drap aux senteurs douçâtres sur ses narines palpitantes. Les yeux élargis, elle suit les arabesques de la lumière qui cisèle le plafond lambrissé. L'encombrement baroque de la chambre, vestiges auxquels Mamibel a tenu à s'entourer dans l'exil, rétrécit l'espace dans la pénombre. Sur le canapé et les deux fauteuils en velours fané, une profusion de coussins délavés emprisonne les parfums tenaces et suaves de la colline : jasmin, tilleul, menthe, rose d'antan, lavande, basilic... Des myriades d'étoiles odoriférantes et capiteuses crépitent dans l'air lorsqu'on s'y laisse choir. Alors, légèrement défaillant, du temps de La Quitterie, on s'exclamait : j'ai la tête qui tourne, ça sent si bon !...
Ah ces petits détails de la vie de chaque jour
Page 52 ... Avec une infinie précaution, elle la ramène à elle. dévisse le bouchon en plastique blanc. Le nez planté dans le goulot, elle inspire profondément et se verse une large flaque bleutée dont elle se frictionne le cou avec vigueur. Puis elle rebouche le flacon qu'elle abandonne dans un dangereux équilibre au bord du lavabo... Il ne reste plus que les boucles indociles à démêler. Elle se mire dans la surface brillante de la poignée de la porte mais juge inutile d'entamer sa toison avec le cruel démêloir.
page 64 ... La vie est un tout, une grosse boule dans laquelle elle peut se mouvoir, recouper tous ses instants. Elle vit. C'est fatigant mais elle ne s'en plaint pas. Surtout, ne pas brûler ses dernières forces mais durer, oh Dieu ! Durer encore.
Page 82... L'étincelle gicle dans un crachement aux senteurs de soufre. Les oliviers s'accrochent désespérément à la terre sauvage qui dévale autour de la capitelle. La brise matinale moire d'argent froufroutant leurs feuilles légères. Une courte brousse hérissée de lentisques ardents aux parfums lancinants butine le sol. Il faut rejoindre le plateau plus au nord pour trouver l'herbe à moutons...
De la poésie... et de l'amour aussi un amour fou qui mènera où ?
Page 125 ... Elle s'abandonne à lui. Elle respire l'aisance et la joie totale. Ils roulent dans la somptueuse sécheresse de la garrigue, se rapprochent des étangs. La terre devient sablonneuse. Devant eux, l'imposante muraille calcaire du Pic Saint Loup qu'il lui désigne...
J'ai aimé Mamibel qui m'a fait verser bien des larmes et Tiane au tempérament de feu, Zabel, Noémie, Ludovic dont le destin est désormais tout tracé et dont j'ai retenu Page 127 - S'il aime l'éclat du soleil sur la colline, il n'aime pas celui des paroles qui hissent un mur entre lui et les autres. Le mur de la culture.... et puis j'ai aimé tellement Fanoux le silencieux le sage, Olivier et la petite Zouzou ah la petite Zouzou ! Charline l'ennemi ? et sa petite Adrienne la petite fée, Lucilla et Paco.
Flora et la licorne !
Je terminerai ma page par cet extrait
181... Il ploie devant la grandeur de la vie qui dirige, chef d'orchestre majestueux, ses mains tendues vers l'humanité. Elle est la Mère Universelle accessible aux humbles, à ceux qui s'offrent. Il court sous la lune fardée de nuages marron. Son souffle saute dans sa poitrine. Il s'enfonce entre les masses noires des chênes et des oliviers. Ses pieds soulèvent la terre. La ca...pitelle se dessine contre le ciel obscur. Un petit carreau de lumière troue la façade. Les moutons dorment dans l'enclos. Les chiens, frétillants, viennent flairer Ludovic. Fanoux fume paisiblement. L'odeur du tabac imprègne le mobilier rudimentaire, les murs, les poutres bistres. L'habitation est ronde comme une crêpe. Sur la table, la lampe à pétrole diffuse une lumière douce. L'ombre de Fanoux se projette en majuscule sur le mur. Ludovic s'assoit sur le banc, près de lui...
Après L'Odyssée de Grain de bled en terre d'Ifriqiya
Le soleil colonial. Au Royaume des cailloux.
Maïa ALONSO nous entraîne dans un roman plein de folie où l'amour et la mort ne font qu'un.
PAGE 127 ludovic : S'il aime l'éclat du soleil sur la colline, il n'aime pas celui des paroles qui hisse un mur entre lui et les autres. Le mur de la culture....
Qu'est-ce qu'un livre ? Une suite de petits signes. Rien de plus. C'est au lecteur à tirer lui-même les formes, les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent. Il dépendra de lui que ce livre soit terne ou brillant, ardent ou glacé.
Citations de Anatole France
Vous êtes dans le Petit Monde de Babou où ce bel ouvrage
LES ENFANTS DE LA LICORNE
est qualifié comme étant absolument et incontestablement brillant !
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Vos messages pour Maïa ALONSO
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Intervention du 20 janvier 2015 de Maïa ALONSO à RADIO COTEAUX

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